vendredi 14 janvier 2011

Tiger Mask, le justicier des cartables

Bonne Année 2011! J'ai délaissé mon blog dernièrement, mais j'avais de bonnes excuses: les fêtes, les vacances, et puis ensuite j'étais malade... Bon, maintenant que tout est revenu en ordre, j'ai pu retourner en cours de japonais au centre international de Motosumiyoshi. Lors de mon dernier cours, nous avons travaillé à partir d'articles de journaux évoquant un phénomène qui interpelle tout le monde au Japon ces jours-ci.

Tout a commencé le 25 décembre 2010. Dans la préfecture de Gunma (au Nord de Tokyo), un individu a, anonymement, déposé 10 cartables devant un centre d'aide éducative pour enfants défavorisés. Il l'a accompagné d'un message "utilisez cela pour les enfants" et a signé Date Naoto. 

Parenthèse culturelle importante pour comprendre la suite: les cartables japonais des écoliers du primaire coûtent très, très cher. Appelés "randoseru", ils sont tous faits sur le même modèle et ressemblent à cela : 
Leur origine remonte à la modernisation du Japon, il y a environ 150 ans. Le Japon a alors pris modèle sur l'Occident pour de très nombreuses choses, dont l'éducation, et les uniformes scolaires faisaient partie du lot. C'est comme ça qu'aujourd'hui, tous les écoliers se baladent encore avec ces choses qui semblent fort peu pratiques (et à l'ergonomie douteuse). La qualité de l'objet est aussi à l'ancienne: quand on en achète un, on le garde jusqu'au collège. Du coup, ils coûtent un bras: entre 150 et 400€ en moyenne.
Cela pose problème aux enfants de familles pauvres, et aux orphelins: ne pas avoir son randoseru est inconcevable, oui mais comment on fait quand on n'a pas d'argent ?
C'est là que le geste de "Date Naoto" fait de lui un héros : en donnant des cartables aux enfants pauvres, il leur permet d'aller à l'école dans les mêmes conditions que tous les autres petits écoliers.

Mais ce n'est que le début de l'histoire. Date Naoto, en fait, c'est un pseudonyme. C'est le nom du héros d'un manga des années 60 : "Tiger Mask".


Dans cette histoire, Date Naoto est un orphelin qui, adulte, devient une star du catch sous le nom de Tiger Mask... et il redistribue tous ses gains à l'orphelinat dans lequel il a grandi.



L'histoire du gentil catcheur de fiction qui inspire un donateur dans la vraie vie a ému les media qui l'ont relayé dans les journaux et à la télé. Et le 1er janvier, ça a recommencé : à Odawara (au sud de Tokyo cette fois), on a trouvé 6 cartables devant un établissement d'aide sociale à l'enfance. Et depuis, ce sont en tout 13 cas de dons anonymes signés "Date Naoto" qui ont été répertoriés: dons de cartables principalement, mais aussi de fournitures scolaires, d'argent liquide, et de DVD de films pour enfants.

L'information fait beaucoup de bruit : cette vague de solidarité anonyme, spontanée, émeut de nombreux Japonais qui se disent qu'ils devraient faire davantage de dons aux pauvres. C'est ce que nous a expliqué notre professeur de japonais ce matin: apparemment, les statistiques montrent que les Japonais donnent très très peu aux associations caritatives, par rapport aux Américains notamment. (Au passage, notre professeur culpabilisait sans se rendre compte qu'étant professeur bénévole pour étrangers, il fait déjà pas mal sa part...)

L'une des choses consternantes dans l'affaire, c'est que les dons ont parfois été saisis par la police, ou parfois donnés directement aux policiers avec instruction de redistribuer aux enfants. Sauf que les gentils policiers pas procéduriers pour un sou ont dit que comme on ne sait pas qui est le vrai "Date Naoto" (et qu'il y en a sans doute plusieurs), les cartables sont à considérer comme des objets trouvés, et qu'ils doivent donc être conservés minimum trois mois avant d'être transférés aux institutions départementales qui en disposeront. Ce qui fera rater l'échéance de la rentrée scolaire, en mars. Donc tout va  peut-être tomber à l'eau. Un chef de police local, interviewé dans l'article que j'ai lu, reconnaît que c'est drôlement embarrassant, mais que le donateur n'a qu'à donner son nom et ce sera plus simple.

Moi, le truc qui me choque là-dedans, c'est que ce soient des cartables qui soient offerts. Sur des sites internet français et anglais j'ai lu qu'il y avait des jouets dans les cartables... mais rien de tel dans les articles japonais que j'ai sous les yeux. Des jouets, ça fait tout de suite plus Père-Noël-gentil et tout. Faire des dons de cartables, c'est quand même cruellement pragmatique. Et absurde aussi, dans un sens: à des établissements qui s'occupent des enfants pauvres qui manquent de tout, on offre des cartables qui valent des centaines d'euros! Pourquoi ne pas plutôt supprimer cette règle du cartable qui coûte la peau des fesses? Si on décrétait que chacun peut venir avec un sac à dos lambda (quitte à émettre des limites de couleur ou de taille pour que ça reste "uniformisé"), on pourrait s'attaquer à offrir autre chose aux enfants. C'est comme offrir un article de luxe a quelqu'un qui crève de faim... C'est bien mais...Il y a un déséquilibre là-dedans que j'ai du mal à encaisser, malgré mes efforts pour ne pas faire de jugement de valeur à l'emporte-pièce.

En prime il y a aussi des mauvaises langues qui parlent de coup marketing... Depuis cette histoire, les ventes du manga Tiger Mask et des films dérivés explosent: les magasins sont même en rupture de stock.

jeudi 23 décembre 2010

Joyeux Noël!

En ce 24 décembre, c'est Noël aussi au Japon! Un Noël un peu particulier pour moi, puisque je suis loin de ma famille à qui je pense très fort... (on se rattrapera l'année prochaine!).

L'ambiance est un peu spéciale puisqu'ici l' "esprit de Noël" n'est pas vraiment au rendez-vous, mais les apparats commerciaux de la fête, en revanche, sont bien là. Un Père Noël distribue des publicités dans la rue, les bûches peuplent les rayons des pâtisseries... pas de doute possible là-dessus (même s'il fait encore 14° l'après-midi).

Je vous souhaite à tous un très Joyeux Noël, avec quelques photos des illuminations de Noël, à Roppongi et à Yûrakuchô, où se trouvait une mini réplique du marché de Noël de Strasbourg (on a mangé de la tarte flambée et de la choucroute!!)

Une pelouse entièrement recouverte de jeux de lumières


Un sapin de Noël fait de centaines de petits Papas Noël!

Le centre commercial de Tokyo Midtown à Roppongi


Sur ce, je vais retourner m'occuper de la préparation de mon mini-Réveillon... C'est pas parce qu'on est loin qu'il faut se laisser abattre! A bientôt!

mercredi 8 décembre 2010

Chansons de Noël ?!

Ces temps-ci, Noël oblige, certaines chansons connotées "hiver - neige (-alors qu'il fait 15° encore, soit dit en passant) - Papa Noël" commencent à envahir les radios, les magasins, la télé... C'est une véritable épidémie!!

Et cette invasion fait des dégâts, en particulier à cause d'une chanson que je n'arrête pas d'entendre, que je trouvais déjà pas terrible à la première écoute, et que je trouve maintenant insupportable! Il s'agit de "A winter fairy is melting a snowman" (une fée de l'hiver fait fondre un bonhomme de neige... whouhou on se demande où ils vont chercher ça): paroles niaises (bon, ça ne change pas beaucoup de 90% de ce qu'on entend à la radio...), mais surtout, petite voix aigue (ça me fait penser à des souris chantant en choeur) et prononciation anglaise bien, bien pourrie (j'ai d'ailleurs tâtonné pour retrouver le titre exact, bien qu'elle le répète au moins 130 fois au cours des 3mn de la chanson). A se demander si ce n'est pas fait exprès. En tout cas dès que je l'entends, et surtout ce refrain, ça me fait le même effet que des ongles sur un tableau noir.îîîîk!

Et comme il n'y a pas de raison que vous échappiez à la torture, voici l'objet du délit. Maintenant vous aussi vous pourrez avoir cette petite musique en boucle dans la tête! Haha!!

Le clip de "A winter fairy gnagnagna"

Et le pire c'est que quand c'est pas cette chanson, on a droit à l'un des 150 remix de la chanson des années 80 "koibito ga santa claus": "mon petit ami, c'est le père Noël". Chanson traumatisante au possible: ok, pour les Japonais, Noël se passe en couple, et donc c'est plutôt le copain qui ramène les cadeaux, je suppose... Mais transformer l'image du gentil Papa Noël "pom pom pom" avec sa barbe, son manteau rouge et sa hotte remplie de jouets, en une version "adulte" romantique.... Non franchement j'y arrive pas!!

Koibito ga Santa Claus

Rendez-moi mon Petit Papa Noël de Tino Rossi!!!!

mardi 7 décembre 2010

Concerts à Kashiwa

Dimanche dernier, je suis allée voir un live avec des amies à Kashiwa, au Nord de Tokyo. Des petits groupes pas très connus, une petite salle... mais pour des concerts marathon: six groupes, 3h30 de musique explosive, complètement barrée. Les groupes, à l'exception du premier, très banal, et du dernier, un peu trop abstrait, étaient vraiment très bons. Même sans connaître un seul morceau, on pouvait se laisser prendre et apprécier. Le public, 50 personnes à tout casser, était cette fois carrément enthousiaste, avec un petit groupe de furieux sur le devant. Et le plaisir de ceux-là se communiquait aux groupes, visiblement ravis d'un tel accueil, dignes de rock stars. L'euphorie se lisait sur les visages, avec les hurlements et les riffs de guitare, le son "prenait", comme une mayonnaise. Impossible de rester de marbre, il y avait quelque chose de très fort et de très généreux dans ce défoulement collectif. Car, non, ce n'était pas calme! Plutôt du punk-rock ou un genre de métal expérimental. Et des amplis hurleurs dans un tout petit espace...
En tout cas, une envie, une certitude: j'y retournerai!

Le premier groupe, un petit groupe de rock énervé, mais pas trop, avec des filles jouant pieds nus: カメレ, soit Cameleon:



Ensuite, le 2ème groupe, Far France (pourquoi ce nom?? aucune idée!), avec deux guitaristes dont l'un ne tenait pas en place et l'autre avait une tête en cheveux, une bassiste et un batteur. Là ça s'énervait déjà un peu plus sérieusement, et l'énergie était vraiment communicative.


Avec le son, c'est mieux : Far France

Le troisième groupe, Fool & Scissors, que j'avais déjà vu la semaine dernière: du gros punk-rock assez classique mais très efficace.





Le 4ème groupe, "385", était complètement hystérique, expérimental et... violent! Une bassiste qui alternait les voix de petite fille avec un espèce de hurlement trash d'outre-tombe, et un claviériste possédé: je pense que les photos parlent d'elles-mêmes:



En fait, je crois que c'étaient eux mes préférés. Ils font presque peur à voir, et en entendant les grondements de la fille, tout droits tirés de "l'Exorciste", on se demande comment elle fait pour sortir des sons pareils! Mais, peut-être à cause du clavier, mais pas seulement, il y a un vrai truc derrière... pour tout dire ça donnait envie de danser. C'est conceptuel mais ça n'est pas juste "du bruit". En même temps j'étais presque soulagée quand ils ont eu fini, c'était éprouvant de les écouter!
Pour vous faire une idée (même si la qualité n'est pas terrible): 385

Le 5ème groupe s'appelait URBANフェチ (Urban Fechi), bien efficace, bien motivé, pas spécialement subtil, mais plutôt bon, et avec une batteuse qui tappait sur ses fûts avec un grand bonheur!! Malheureusement, prendre le batteur en photo n'est pas chose facile... Il faudra donc se contenter de l'imaginer.


 


Et à la fin, le chanteur est descendu au milieu du public faire son show:

 

 Le son (j'ai trouvé ça mais il y en a des meilleures) : Urban フェチ

Enfin, le dernier groupe, alors que les oreilles commençaient déjà à souffrir, m'a laissée dubitative.  水中で暮らすネコ (suichû de kurasu neko, soit "le chat qui vit dans l'eau"). Le même bassiste que pour Fool & Scissors, pas de problème, mais le guitariste/chanteur, il en rajoute dans le registre "je chante comme une casserole - bien fêlée, la casserole", et il pousse des cris, sûrement pour le concept du chat plongé dans l'eau... Avec le look du petit étudiant borderline pour donner une image encore plus décalée... L'expérimental, ok, mais quand ça vire à l'épreuve douloureuse pour le public, non, décidément, pas convaincue! Désolée le chat!

 


Les cris de chat : 水中で暮らすネコ



Au bout de tant de hurlements, je suis ressortie comme si je venais de me prendre une massue sur le crâne. Mais ça faisait du bien!! Bon, peut-être que les boules Quiès seront de rigueur la prochaine fois quand même, je ne tiens pas à revenir en France sourde!!

vendredi 3 décembre 2010

Panneau - "danger de noyade!"

Je tombe souvent, à Tokyo et ailleurs, sur des panneaux indicateurs ou des peintures murales publicitaires mignonnes, amusantes, saugrenues... Rien de très très original en soi mais comme j'aime bien les répertorier, je me suis dit que je pourrais les poster ici, à l'occasion, surtout quand je n'ai rien de mieux à raconter!

Voici le premier: 

 
Situé au bord d'un lac, le panneau dit "Danger! Ne jouez pas ici". Rien de plus normal, sauf que moi, ce bonhomme, il me fait plutôt rire avec les contours de sa bouche tout gondolés. Est-ce que je suis la seule à trouver ce dessin comique?!

jeudi 2 décembre 2010

Pas d'hiver en vue

Hum, ça fait presque trois semaines que je n'étais pas passée ici! A vrai dire, l'ordinaire des jours se compose en ce moment de bibliothèque, d'entretiens, de prise de notes, de lecture... Rien de spécialement marquant ces temps-ci.

A part dimanche dernier: je suis allée à un concert, voir plusieurs groupes de punk/rock, pas très connus, dans une petite salle. Pour écouter de la musique japonaise qui ne soit pas de la soupe, c'est souvent la seule possibilité!

Les 4 groupes qui se sont succédés font une musique bien énergique, bien euphorisante, et surtout, ils ont une attitude sur scène bien développée! Hurlements, regard d'autiste qui se change en hystérique toutes les 5 secondes, sauts debout sur la batterie, guitare avec les dents... devant un public de 30 péquins bien comptés, dont la grande majorité ne bouge pas d'un pouce! On dirait qu'on assiste à une espèce de catharsis face à un mur; et pourtant, le succès, bien que confidentiel, est là puisque les groupes enchaînent les concerts, écument les mini-salles Tokyoïtes: donc leur public, même immobile et mutique, reçoit bien le message. Paroles énervées, concours des vêtements les plus excentriques possibles... Je crois que je vais y retourner ce dimanche, avec mon appareil photo cette fois. En attendant, voilà quelques aperçus:



On se rendra mieux compte avec les photos d'un live!

Sinon, il fait 23°, vous voulez pas m'envoyer de la neige? L'hiver me manque...

mardi 16 novembre 2010

Randonnée en forêt à Tokyo

Ce week-end, avec ma coloc, nous sommes allées faire une randonnée dans les montagnes environnantes de Tokyo. C'était à deux heures de train de chez nous, mais malgré tout, toujours dans le département de Tokyo! Ce seront donc encore cette fois des photos d'arbres sur le blog. C'est à se demander si j'habite vraiment la plus grande mégapole du monde! 



Voici le décor en descendant du train: je m'attendais à trouver un endroit où acheter des sandwichs... En fait on était au milieu de nulle part. Il y avait bien un espèce de boui-boui avec des paquets de gâteaux mais c'est tout. Heureusement que ma coloc avait été plus prévoyante que moi en emportant de quoi nourrir une famille nombreuse!!


Je rappelle que ceci est le département de Tokyo... et là on ne voit pas les araignées géantes

Nous avons vu quelques kôyô, mais pas beaucoup. Il y en a beaucoup plus au Mont Takao, mais il paraît que depuis que celui-ci est inscrit au guide michelin des lieux touristiques du Japon, il y a tellement de monde qu'on ne peut plus marcher. C'est vrai qu'à l'aller, le train était plein de randonneurs. Notre destination à nous était moins fréquentée, ouf!



Nous avons marché pendant près de 5 heures dans la forêt, et croisé très peu de monde. C'était plutôt pas facile (beaucoup de marches à monter, suivies de descentes raides et glissantes... argh) mais très beau! D'immenses cèdres à perte de vue, et les montagnes au loin.

Sugi, les grands cèdres japonais


Le chemin était raide, et je dois avouer que j'en ai un peu bavé. Au détour d'un chemin, nous avons aussi rencontré un tout petit sanctuaire bien mystérieux, et pour finir, nous avons débouché sur un temple presque abandonné. Ca renforçait vraiment l'atmosphère "Princesse Mononoke"

On ne dirait pas, mais ça grimpe dur!